Deux femmes en situation de handicap élaborent une nouvelle politique à destination des personnes handicapées, accompagnées de vrais hauts fonctionnaires.
Dans un salon feutré, derrière les portes capitonnées d'un bureau ministériel, Mathilde Fuchs, investie du rôle de Première Ministre, s'apprête à vivre une journée hors du commun. Militante et cofondatrice d'un collectif pour l'égalité et l'émancipation des personnes en situation de handicap, elle prend place au cœur du pouvoir pour élaborer et défendre une réforme ambitieuse : mettre fin à l'institutionnalisation des personnes handicapées en France. À ses côtés, sa conseillère spéciale, Cécile Morin, historienne et chercheuse, l'aide à structurer son projet politique.
Dès les premières heures, un agenda minutieusement orchestré lui impose une série de rencontres : hauts fonctionnaires, parlementaires, experts et représentants d'intérêts divers. L'objectif ? Confronter son programme aux réalités politiques et administratives. Certains interlocuteurs soutiennent son ambition, d'autres la questionnent, voire la contestent. Entre débats techniques et jeux d'influence, Mathilde doit naviguer entre conviction et compromis.
Les échanges sont intenses : l'existence des Maisons de Vincent comme alternative aux institutions, les résistances du secteur médico-social, les défis du financement de l'accompagnement à domicile, les lacunes du dispositif Ulis dans l'éducation des enfants en situation de handicap. Les discussions ne sont pas seulement théoriques ; elles touchent à des réalités concrètes, des parcours de vie souvent invisibilisés.
À mesure que la journée avance, la pression monte. Mathilde et Cécile doivent affiner leur argumentaire, éviter les écueils rhétoriques et prendre des décisions stratégiques. Le huis clos du cabinet ministériel devient un véritable laboratoire du pouvoir, où chaque mot compte. Entre pauses réflexives et moments de doute, Mathilde mesure l'ampleur de la responsabilité qui lui incombe.
Enfin, le moment décisif arrive : l'allocution finale. Face à la caméra, sous les ors de la République, Mathilde prononce un discours solennel, portant une vision politique audacieuse et engagée. Son projet ne se résume plus à une revendication : il devient une proposition politique, structurée, prête à être entendue par la société.
À travers cette expérience inédite, Contrat Social questionne les mécanismes du pouvoir et la place des citoyens dans la construction des politiques publiques.
Contrat social : la désinstitutionnalisation repose sur une hypothèse simple : l’exercice du pouvoir transforme la pensée. En confiant, le temps d’une journée, les fonctions de Premier ministre à des citoyens directement concernés par une question de société, le film ne cherche pas à produire une fiction politique, mais à créer les conditions d’une véritable élaboration collective.
Le dispositif suspend momentanément les hiérarchies habituelles pour déplacer le regard : ce ne sont plus les institutions qui produisent la parole politique, mais la parole qui réinvente les institutions. Investis de responsabilités, confrontés à des interlocuteurs et à des situations inspirés du fonctionnement réel de l’État, les participants voient leurs intuitions s’affiner, leurs arguments se construire et leurs propositions se confronter à la complexité du réel.
Le film envisage ainsi le cinéma comme un espace d’expérimentation politique. En fabriquant une situation crédible, il rend visibles des imaginaires institutionnels qui demeurent le plus souvent inexprimés et affirme que la politique ne se réduit pas à l’exercice du pouvoir : elle naît avant tout de la capacité collective à imaginer d’autres formes d’organisation de la vie commune.
Le cinéma n’est pas ici un outil d’enregistrement du réel ; il est un dispositif qui produit des situations inédites afin de rendre observables des formes politiques latentes.